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Fernand Lamisse :
Le végétarisme est un comportement alimentaire qui n'a rien
d'anormal, et je ne rencontre donc jamais de végétariens dans
le cadre de ma consultation. Pour répondre à votre question
: non, je n'y crois pas du tout. Le végétarisme, dans nos pays
occidentaux, est l'apanage de gens qui ont adopté un certain
mode de vie, une certaine philosophie ou une religion, et qui
ont décidé d'y adhérer totalement. Ce n'est pas un changement
de modèle
alimentaire subit. En France, les végétariens ont du mal à être
répertoriés, alors qu'ils le sont partiellement dans d'autres
pays comme les Etats-Unis ou les Pays Bas, par l'intermédiaire,
notamment, des Adventistes du 7e jour dont les adhérents sont
en partie végétariens. Il est par exemple possible aux USA de
répertorier 100 000 adventistes et de comparer ceux qui sont
végétariens à ceux qui ne le sont pas, en sachant par ailleurs
qu'ils ont tous la même hygiène de vie : pas d'alcool, pas de
tabac et un exercice physique régulier. Les Américains peuvent
donc établir des comparatifs de longévité et de survenue de
différentes maladies, entre les végétariens et ceux qui ne le
sont pas. Cela n'est pas possible en France.
33doc : Pensez-vous que ce phénomène
soit très minoritaire en France ?
FL : Je ne sais pas, mais
je le pense. C'est à mon avis un mode d'alimentation minoritaire
dans tous les pays occidentaux où le pouvoir d'achat est suffisant.
Les pays où le végétarisme n'est pas minoritaire sont ceux où
les populations ont un revenu insuffisant pour se procurer des
produits alimentaires d'origine animale contenant des protéines
: oeufs, viandes, poissons, produits laitiers. Dans ces pays,
le végétarisme n'est pas un choix, c'est une obligation.
33doc : Vous avez rédigé un
article dans lequel vous semblez favorable au régime végétarien,
notamment du fait de la diminution des maladies cardio-vasculaires
qu'il entraîne, comparé au régime non végétarien. Néanmoins,
vous émettez des réserves concernant la différence de qualité
entre les protéines animales et végétales...
FL : Ce que j'ai écrit,
c'est que les protéines végétales pouvaient être limitées en
un ou plusieurs acides aminés essentiels, tels que la lysine
dans les céréales ou la méthionine dans les légumineuses. Dans
ces cas là, le rapport harmonieux entre tous les acides aminés
essentiels devient insuffisant. Cependant, si vous associez
des céréales aux légumineuses, les protéines végétales retrouvent
une qualité identique à celles des protéines animales. De plus,
le soja, qui est une légumineuse, semble avoir des protéines
d'aussi bonne valeur biologique que l'ovalbumine de l'oeuf,
qui est la protéine de référence.
33doc : Est-ce que vous croyez
que le régime végétarien entraîne des carences, plus particulièrement
en ce qui concerne lavitamine B12 et le fer ?
FL : Non, je pense que ce
risque concerne plutôt le régime végétalien (absence de tout
aliment d'origine animale, ndlr). Je ne pense pas que le végétalisme
soit un mode d'alimentation recommandable, à moins d'apporter
des suppléments en vitamine B12, ce qui se fait déjà en supplémentant,
par exemple, le lait de soja avec de la B12. Dans les végétaux
fermentés, il y a une production de B12 du fait de la présence
de bactéries. Par conséquent, le régime végétalien expose effectivement
au risque de carence en B12, mais pas le régime végétarien.
Il y a de la B12 dans les oeufs, et très peu dans le lait. Pour
ce qui est du fer, les apports de source animale (essentiellement
la viande) sont de meilleure qualité que ceux de source végétale,
car il est mieux absorbé. Cependant, il n'y a pas de carence
en fer chez les végétaliens adultes, car les sources de fer
sont nombreuses et la consommation simultanée de vitamine C
améliore l'absorption du fer végétal.
33doc :- Etes-vous opposé au
végétarisme chez l'enfant ?
FL : Non, pas du tout,
à condition que cela soit fait intelligemment. En revanche,
je suis contre le végétalisme, qui peut conduire à des troubles
sérieux de la croissance. Un certain nombre d'Adventistes du
7e jour sont végétariens dès leur naissance, et ils n'ont pas
plus de problèmes de santé que les enfants non végétariens.
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