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Pour mieux comprendre les végétariens, il faut plutôt chercher
des explications fournies par une implication écologique forte,
par un sincère respect de l'environnement, par une prise de
conscience suffisamment déterminante pour remettre en cause
nos comportements les plus quotidiens, et par une réelle compassion
à l'égard des animaux. Bref, il s'agit d'une implication profonde
qui, si elle sous-entend aussi le souci d'une bonne santé et
d'une vie saine, débouche en plus sur un engagement personnel.
Vache folle et cancer
Actuellement, le nombre exact de végétariens français est mal
connu : on les évalue entre 3 et 5 % de la population. Pourtant,
des chiffres précis permettraient de vérifier si le nombre de
végétariens s'accroît après la découverte de l'épidémie de la
vache folle. Un autre facteur pourrait aussi constituer un déclencheur,
c'est l'ensemble des études, de plus en plus nombreuses et plutôt
alarmistes, qui confirment les dangers liés à la consommation
de viande : les risques de cancer de l'intestin sont aggravés
(multipliés par 3) chez les personnes dont l'alimentation est
fortement carnée (études faites dans les pays occidentaux) alors
que les maladies cardio-vasculaires et les problèmes de surpoids
sont nettement moindre chez les végétariens.
Cette absence de chiffres fiables sur ce mode d'alimentation
peut s'expliquer par la relative discrétion dont font preuve
les végétariens. S'agit-il d'une pudeur naturelle ou d'une lassitude
due à la difficulté d'exprimer ce choix alimentaire, dans un
pays où le poids des traditions reste lourd ? Pour mieux comprendre
le pourquoi d'une possible lassitude, il suffit d'imaginer la
gêne que peut provoquer un végétarien lors d'un repas de Noël,
en refusant de manger de la dinde ! Quelle atteinte à nos traditions
! De plus, en touchant ainsi à des symboles aussi anciens, le
végétarien est vite considéré comme un agresseur de notre réputation
culinaire, alors qu'elle est mondialement enviée !
Des consommateurs avertis
Lorsqu'un végétarien "avoue" qu'il l'est, il est systématiquement
confronté à une réaction quasi automatique : " Mais vous
ne faites pas de carences ?" Bien qu'il soit risqué de s'en
prendre aux mythes, surtout tenaces, non, les végétariens ne font
généralement pas de carences ! Pourquoi ? Simplement parce que
leur choix leur impose de bien s'informer avant de changer leur
façon de se nourrir. Pour cela, ils doivent parfaitement savoir
de quoi se compose une alimentation équilibrée. Et être capables
de comparer la qualité des protéines végétales par rapport à celles
d'origine animale. Sérieusement, si le végétarisme entraînait
à coup sûr des manques, comment expliquer que certains athlètes
de haut niveau (et non des moindres) sont strictement végétariens
? Entre autres, Carl Lewis, qui a été 6 fois champion olympique,
ce qui est tout à fait honorable pour quelqu'un prétendument carencé.
Si en plus on admet - ce que de nombreuses études ont démontré
- que les végétariens recourent moins souvent aux soins médicaux
que les omnivores, on peut se demander pourquoi ce mode d'alimentation
tente à ce jour si peu
d'occidentaux !
Plus d'exigence
L'envie de cumuler le plaisir du goût et celui d'un corps sain
n'est pourtant pas nouvelle. Elle nous ramène même 4 siècles avant
Jésus Christ, à l'époque où Hippocrate disait "De ton aliment,
tu feras ton médicament." Ce qui prouve que le concept "moderne"
d'une nourriture à la fois saine et suffisante pour nous "soigner"
un peu chaque jour ne date pas d'hier. D'ailleurs, les nutritionnistes
semblent approuver Hippocrate... D'autres ont également repris
l'idée, mais avec une approche nettement plus mercantile. Leur
slogan pourrait être : "Pour vous parler franchement, votre
santé m'intéresse". Les représentants de cette stratégie
commerciale sont les grands groupes agro-alimentaires, promoteurs
assidus des alicaments et autres aliments dits fonctionnels. Grâce
à eux, nous pouvons observer, dans les beaux linéaires de nos
supermarchés, l'invasion insidieuse de cette nourriture hybride,
née de l'imagination fertile d'experts en marketing et en packaging.
Ces suraliments sont censés nous maintenir en permanence dans
une forme olympique. Le seul bémol de cette belle aventure, c'est
que certains nutritionnistes pensent que ces nouveaux aliments
sont loin d'être efficaces. Parfois, ils affirment même que tous
ces apports placés dans notre nourriture ne servent rigoureusement
à rien ! Ce qui agace sans doute les puissants groupes alimentaires
géniteurs de ces produits "miracles". Néanmoins, le
moral de ces industriels reste excellent, puisqu'ils ont réussi
l'année dernière à faire dépenser dans le monde 24 milliards de
dollars d'aliments-santé.
Végétariens et modernité
Et les végétariens dans tout ça ? Il faut bien admettre qu'ils
incarnent mal la modernité triomphante, et qu'ils ne sont pas
très "tendance". Pourtant, ils persistent et signent.
Leur discours maintient qu'il est important de continuer à cultiver
les mêmes produits qu'auparavant, en veillant à conserver leurs
qualités nutritives. Et en prenant garde de ne pas les cultiver
n'importe comment, en ne les gavant pas de pesticides. Ils répètent
qu'il est préférable de se méfier de la future déferlante des
OGM. Et qu'il est crucial de préserver les saveurs et les vitamines.
En plus, ils ne cessent d'affirmer qu'on ne doit pas considérer
les animaux comme des réservoirs à protéines montés sur pattes.
Ils demandent qu'on arrête de les utiliser sans remord, sans se
préoccuper de savoir s'ils leur arrivent de souffrir lorsqu'on
les tue dans les abattoirs... Bref, un discours ni très "high
tech" ni très divertissant... Mais qui "interpelle"
quand même ceux qui acceptent de l'écouter... Ce qui agace sans
doute les puissants groupes agro-alimentaires. Aujourd'hui, malgré
les 4 siècles séparant Hippocrate des aliments enrichis, on s'aperçoit
que l'idée d'un aliment-médicament refait cycliquement peau neuve.
Cela rend très actuelle la formule lapidaire de Coco Chanel "La
mode, c'est ce qui se démode." Espérons simplement que notre
envie d'être en bonne santé ne passera jamais de mode.
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