Introduction
En 15 ans la pratique du lipo-filling, ou auto-greffe de
tissu graisseux, s'est affinée pour donner aujourd'hui des résultats stables.
Son concept de base est presque "écologique" : employer comme implant
correcteur la propre graisse du patient.
En théorie, cette technique n'aurait que des avantages :
En outre, le filling permet, sans risque de réaction
inflammatoire, la correction de volumes importants, qui est difficile, non
dénuée de risques, et coûteuse avec les implants injectables synthétiques.
Dans la pratique, les résultats et leur durée dans le temps sont très
dépendants du praticien et de la méthode de préparation de l'implant. Nous
verrons aussi que cette technique ne traite pas tous les problèmes de rides ou
de vieillissement du visage, mais qu'elle a ses propres indications.
Historique
Il y a plusieurs décennies, les autogreffes de tissu
adipeux étaient déjà réalisées de façon chirurgicale. Le principe très simple
est donc de prélever de la graisse au niveau du corps (il est rare que l'on ne
trouve pas quelques rondeurs chez les sujets), puis de l'implanter sous la
peau dans l'endroit que l'on veut corriger par augmentation de volume (de
l'anglais : "to fill" = remplir)
Dans les années 85 le Dr P. Fournier, précurseur en lipoaspiration, enseigne
une technique de réinjection de la graisse aspirée à des fins de correction de
volumes. C'est le lipo-filling.
L'inconvénient majeur de la technique était l'augmentation considérable de
volume des zones traitées pendant les premiers jours suivant l'implantation,
pour un résultat parfois bien en dessous des espérances. La correction
s'atténuait très fortement au fil du temps.
Il a été alors dit que la technique donnait des résultats éphémères. En fait,
il faut comprendre que les résultats finaux ne peuvent se constater que
plusieurs semaines après l'implantation de la graisse, et aussi que la durée à
long terme de la correction dépend considérablement de la technique employée.
Quelques années après, les médecins, conscients du problème, comprenaient que
cette "trop forte" correction nécessaire à l'obtention d'un bon résultat
pouvait se faire " dans le temps et non plus dans l'espace ". Les séances de
filling sont alors répétées après quelques mois jusqu'à obtention d'un
résultat stable pour plusieurs années.
Un peu plus tard le Dr Coleman (USA) relance (non sans une certaine stratégie
marketing) l'intérêt pour le lipofilling, qu'il renomme "lipostructure".
L'intérêt est surtout qu'il codifie précisément une méthode qui a l'avantage
de donner des résultats plus reproductibles et plus stables.
D'autre part, les implants graisseux prélevés lors de la première intervention
peuvent maintenant être congelés pour des injections répétées ultérieurement,
permettant d'obtenir progressivement ce résultat stable, sans avoir besoin de
prélever à nouveau de la graisse.
Les grands principes
Il s'agit donc de transplanter de la graisse d'un endroit
du corps à un autre. Le tissu adipeux prélevé est capable de survivre dans un
milieu receveur propice. La survie de cet implant a été vérifiée par marquage,
plusieurs mois après. D'autre part, on sait que la correction en volume du
fait de la graisse transplantée s'accompagne également d' une fabrication de
collagène local.
Le plus difficile à obtenir d'un filling est la permanence du résultat.
Il faut surtout retenir que celle ci dépend de multiples facteurs, et sera
donc variable selon les sujets, les zones injectées et… les praticiens.
En général :
-
des sujets plus jeunes
-
un prélèvement dans une zone non dépendante du poids
-
une zone receveuse bien choisie et peu mobile
-
un implant purifié, débarrassé de ses composantes
inutiles, sont des facteurs de meilleurs résultats.
La technique
Le filling peut-être réalisé en 90 minutes de manière
totalement ambulatoire et ne nécessite aucune immobilisation. Avec la
technique d'injection répétées, il est même possible de continuer normalement
ses activités après le traitement.
Le prélèvement de graisse
Il se fait après simple anesthésie locale de la zone " donneuse " (ventre,
hanches, fesses...).La graisse est ponctionnée à l'aide d'une seringue, aucune
incision n'est nécessaire. Il ne doit pas y avoir de trace visible à l'endroit
du prélèvement.
La préparation de l'implant
Elle doit se faire rapidement. La graisse est lavée, puis centrifugée. Ainsi,
on obtient un implant de graisse pure, permettant d'une part d'injecter le
minimum de volume nécessaire à la correction, et d'autre part, de diminuer
l'effet d'inflammation et d'œdème (gonflement) des jours suivant
l'implantation.
Les seringues ainsi préparées peuvent alors être congelées et conservées.
L'injection de l'implant
La graisse est un implant épais, et doit s'injecter avec des aiguilles de 1.2
mm de diamètre au minimum. La technique est donc bien adaptée pour traiter des
sillons, des creux et des volumes à restaurer, plutôt que des rides. La
correction des ridules superficielles est impossible, et se fera avec d'autres
implants ou par méthodes d'abrasion par exemple.
Le traitement d'un visage
La correction apportée va diminuer de 30 à 60% dans les mois qui suivent.
Aussi, on procèdera à d'autres injections ultérieures qui vont se cumuler pour
obtenir en final un résultat stable.
Les praticiens nord-américains pratiquent volontiers pendant une année, des
injections mensuelles de très faibles quantités de graisse (2 à 3 cc pour
l'ensemble du visage). Cette méthode a l'avantage d'être simple et légère dans
les suites, mais demande une dizaine de séances dans l'année ce qui est assez
contraignant pour les patients.
En Europe, nous procédons généralement à 3 autres séances de réinjection à 3
ou 4 mois d'intervalle en moyenne.
De cette façon, seul un léger gonflement est présent lors de chaque séance. Il
reste discret et disparaît en quelques jours. La fréquence des injections est
ainsi très acceptable, et le patient peut moduler les intervalles en fonction
de la tenue de chaque injection précédente, qui est variable selon les sujets.
Que traite t'on avec le lipo-filling ?
Les meilleures indications sur le visage sont, par
priorité:
-
les volumes des pommettes
-
les plis d'amertume et la restauration de certains ovales
du visage
-
les joues trop creuses
-
les sillons nasogéniens
-
les tempes creuses
-
la restauration des arcades sourcilières
-
l'aspect bombé du front
-
les séquelles de lipoaspiration en creux.
Les autres sont moins bonnes :
-
certaines rides du lion très larges
-
le volume des lèvres de certaines bouches
-
les cernes et avec grandes précautions, les " yeux creux ".
Les contre-indications
Elles sont peu nombreuses, vu le caractère personnel de
l'implant (pas d'allergie, pas de problème immunitaire).
On retiendra des précautions particulières à prendre chez les personnes
diabétiques ou séro-positives, plus sensibles à l'infection, et on évitera
d'injecter à travers des peaux présentant des dermatoses ou des lésions
acnéiques.
Conclusion
La méthode du lipo-filling ne traite pas tous les aspects
esthétiques du visage, mais employée dans ses bonnes indications, elle donne
de très bons résultats. Après une période où elle a été un peu délaissée, elle
connaît ces dernières années un engouement justifié, car :
-
les corrections en volume faites à l'aide de produits
synthétiques non-résorbables ne sont pas exemptes de risques. L'expérience
prouve que ce risque est augmenté avec l'importance du volume injecté. De
plus, il s'agit de problèmes difficiles à traiter (réactions inflammatoires,
granulomes, etc…) même s'ils surviennent rarement.
-
les corrections en volume pratiquées à l'aide de produits
résorbables sont moins risquées. S'il y a un problème d'intolérance, il
disparaît avec la résorption du produit. En revanche, la restauration de
volumes importants (et leur maintient) avec cette méthode s'avère très
coûteuse, et peu durable.
-
enfin, la codification et l'amélioration de la méthode de
lipo-filling permettent aujourd'hui des résultats plus réguliers et plus
stables dans le temps, tout en restant une technique légère.
par la rédaction d'estheweb
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