Thermalisme : thérapeutique fragilisée |
L'usage
des cures thermales à des fins thérapeutiques est vieux comme
Hérode ! Avant lui, déjà, les Grecs se délectaient des bienfaits
des eaux thermales (en grec," thermos " signifie " chaud ")...
De nos jours, la cure thermale est considérée comme un acte
médical à part entière. Elle doit donc être prescrite par le
médecin traitant, pour une ou plusieurs affections, dans la
station thermale qu'il juge la mieux adaptée à l'état de son
patient.
Par ailleurs, la demande de prise en charge d'une cure
thermale n'est plus soumise au contrôle du médecin-conseil de la Sécurité
sociale ; celui-ci ne peut plus, par conséquent, s'opposer à une prise en
charge pour raison médicale, comme c'était le cas auparavant.
Le forfait thermal est remboursable à 65 % du tarif de base conventionné, et à
100 % en cas d'exonération du ticket modérateur. Les honoraires médicaux (le
forfait de surveillance thermale) sont remboursés à 70 % du montant
forfaitaire, et à 100 % en cas d'exonération du ticket modérateur. Si vos
ressources sont faibles, la Caisse prend à sa charge une partie des frais de
transport, des indemnités journalières et des prestations supplémentaires,
ainsi que les frais d'hébergement. Tout acte médical qu'il soit - et malgré
son remboursement par la Sécu - depuis 1947(!) - l'efficacité de la cure a
tout de même été fortement remise en cause par la Caisse Nationale d'Assurance
Maladie (CNAM). Au point que l'an passé, cette dernière a tenté de justifier
un déremboursement de cette thérapeutique. Pourquoi ? Sans doute à cause du
déficit de la branche maladie de la Sécurité sociale. Mais cette remise en
question était-elle vraiment fondée ? Surtout que la part représentée par la
médecine thermale dans les dépenses de Santé est faible. Plus que faible même,
puisque, selon les chiffres de la Chaîne Thermale du Soleil, elle ne
dépasserait pas 0,25 % des dépenses globales !
Retour en arrière
En juillet 1999, la Caisse Nationale d'Assurance Maladie relève, dans son plan
stratégique, qu' " il n'existe pas de travaux mettant en évidence une
indiscutable efficacité de la crénothérapie [l'application thérapeutique des
eaux minérales], quelles que soient les indications retenues ". Le rapport
fait d'ailleurs subtilement état de " notion de réussite " et non "
d'efficacité " de cette thérapeutique… La Caisse proposait donc de limiter la
prise en charge des cures thermales appliquées aux voies respiratoires (chez
les enfants), à la dermatologie, et aux affections des muqueuses
bucco-linguales. Selon la CNAM, les traitements des voies respiratoires chez
l'enfant " par cure, peuvent être considérés comme intéressants et de nature à
préserver l'avenir [des] enfants ". Par ailleurs, ce même organisme affirmait
que l'efficacité des eaux thermales sur des affections dermatologiques
récidivantes était établie, notamment en ce qui concerne les séquelles de
brûlures. Pourtant, la CNAM remettait en cause l'efficacité des cures
thermales en rhumatologie. Cette position est contestée - encore aujourd'hui -
par les responsables du thermalisme, car des études récentes auraient prouvé
l'efficacité des cures thermales dans le traitement de plusieurs maladies
rhumatologiques.
Efficacité des cures thermales
Une étude, financée en 1987 par la CNAM elle-même, mettait en évidence
plusieurs points positifs : une amélioration de l'état des patients après une
cure, une baisse de la consommation des médicaments, et une diminution du
nombre des hospitalisations. La CNAM nie aujourd'hui les conclusions de cette
étude, qu'elle considère comme obsolète et, d'un point de vue scientifique,
dépassée... D'autres études existent : un groupe de travail - mis en place en
1996 par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour analyser les méthodes
de diagnostics et de prise en charge des lombalgies - a conclu, en 1999, que
les cures thermales s'avéraient efficaces en tant que thérapeutiques. Des "
recommandations universelles " ont même été retenues.
Vers un système d'accréditation des établissements de thermalisme
On peut penser que c'est à la suite de ces conclusions (ou peut-être pour des
raisons politiques ?) que le gouvernement a, à l'époque, refusé de suivre les
propositions de la CNAM. Il considère l'eau minérale naturelle comme "
assimilable à un principe thérapeutique ". Néanmoins, il a tout de même
ordonné une mission interministérielle afin de faire un point, le plus complet
possible, sur le thermalisme en France. Devaient être mis à l'étude, entre
autres, l'efficacité des cures et l'accréditation des établissements thermaux,
" dans un souci de qualité des prestations offertes et du bon usage des soins
". Aujourd'hui, les résultats de cette mission se font attendre. Dominique
Gillot, Secrétaire d'Etat à la Santé, n'a pas attendu, puisqu'elle a pris - le
19 juin 2000 - un arrêté relatif à la sécurité sanitaire dans les
établissements de thermalisme (publié un mois plus tard). De plus, le
secrétariat d'Etat a adressé une circulaire aux préfets de départements et de
régions. Il semble que ce texte soit très sévère pour ces établissements. A la
suite des recommandations du Conseil supérieur d'hygiène publique de France,
il imposerait des normes très (trop ?) strictes quant à la qualité de l'eau.
Notamment, concernant les piscines thermales, il est souhaité " une qualité
microbiologique de l'eau au moins équivalent aux piscines de loisirs ". Selon
les responsables du thermalisme, ces normes seraient inapplicables en la
matière, car elles risqueraient d'entraîner la fermeture de nombreux
établissements… L'avenir nous le dira !
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La CNAM réagit ! |
Propos recueillis
par Anne Pascaud
en collaboration avec
33docAvenue.com
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