Minuscules "cheveux" rouges, bleutés ou
violacés, visibles sur la peau, les varicosités ne sont pas une
maladie, mais elles constituent souvent la première étape vers
la formation de véritables varices.
Appelées à tort "capillaires éclatés", il s'agit en fait d'une
simple dilatation des veinules de la peau, dont la tendance
évolutive est l'aggravation progressive. Elles traduisent une
fragilité de la circulation veineuse de retour.
Aujourd'hui leurs mécanismes de formation sont mieux compris et
leurs traitements plus performants.
La peau, constituée du derme et de l'épiderme, a une
épaisseur d'environ 1mm. Dans le derme, chemine de petites veinules,
invisibles à l'état naturel car d'un diamètre très fin (inférieur à 0,1mm).
Lorsque ces veinules se dilatent au dessus de 0,1mm, elles deviennent visibles
à travers la peau et forment ce que l'on appelle des varicosités ou
télangiectasies.
Elles traduisent le début d'une mauvaise circulation veineuse, au même titre
que des lourdeurs de jambe, des crampes la nuit, des impatiences dans les
jambes, des fourmillements, des gonflements au niveau des pieds et des
chevilles.
Il ne s'agit donc pas d'une simple disgrâce physique, car négligées, les
varicosités s'étendent petit à petit et constituent souvent la partie visible
de l'iceberg.
Lorsque les signes de mauvaise circulation veineuse débutent, la prévention
est possible à condition de faire l'état des lieux par un bilan médical
éventuellement associé à un examen échographique et Doppler.
Elles sont très variables d'un individu à l'autre, par leur
siège, leur couleur, ou leur forme.
Elles peuvent siéger à tous les niveaux du membre inférieur, cuisse, jambe ou
pied.
De couleur rose pâle, rouge vif ou bleuté en fonction de leur profondeur et de
la concentration en oxygène du sang veineux, elles peuvent être de forme
variable :
- en éventail ou en étoile, centrées sur une petite veine bleue
d'alimentation.
- en tâche dense, fine, rouge, localisée
- en brindille, courtes, isolées, diffuses
- en larges nappes rouge vif
Des progrès décisifs ont été fait récemment permettant de
mieux comprendre leur mécanisme d'apparition.
Jusqu'à présent, seules les biopsies de peau pouvaient renseigner sur leur
fonctionnement. Au congrès national de phlébologie, qui s'est tenu cette année
à Paris, le docteur Ph.Blanchemaison a présenté de nouvelles méthodes de
visualisation des varicosités. Parmi celles-ci, l'échographie à haute
fréquence, examen parfaitement inoffensif et indolore, permet de visualiser
les veines d'alimentation responsables des varicosités visibles.
Les varicosités se forment toujours sur un terrain prédisposé (hérédité,
hygiène de vie, alimentation, ...).
Le plus souvent, elles sont alimentées par une veine sous-jacente, invisible,
qui chemine dans la graisse et qui est elle-même dilatée.
Cette dilatation est la conséquence d'une fragilité de la paroi veineuse qui
résiste mal à la pression des stations debout prolongées, des stations assises
prolongées, des jambes croisées, ...
Parfois, il peut s'agit d'un traumatisme local, par exemple les varicosités
apparaissant après le choc d'une balle de tennis sur la cuisse. Elles peuvent
également apparaître dans les suites d'un coup de soleil, ou après des
strictions vestimentaires telles des chaussures de ski trop serrées à la
cheville.
Nombreuses sont les femmes qui les voient apparaître par poussées lors d'un
changement hormonal : puberté, grossesse, ménopause, traitement hormonal mal
adapté.
La cellulite est elle-même génératrice de varicosités. Elle entraîne une
difficulté de drainage du territoire cutané, favorisant les varicosités
disséminées. Il existe enfin des varicosités déclenchées par des scléroses
inadéquates ou par un stripping (chirurgie des varices).
Dans tous les cas, les varicosités sont liées à une
fragilité de la circulation veineuse de retour, qui entraîne une dilatation
des veines. Le sang a tendance à mal retourner vers le coeur, à stagner au
niveau des jambes, favorisant les lourdeurs, ou bien l'engorgement, ou bien la
dilatation des veinules de la peau.
Plus fréquentes chez les femmes, l'évolution se fait par poussées, rythmée par
les changements hormonaux; c'est à la grossesse ou à la ménopause que la
plupart des femmes voient leurs jambes se dégrader.
De nombreux facteurs aggravants sont mis en cause : le tabac, les coups de
soleil, les stations debout professionnelles, les compressions vestimentaires,
les traumatismes directs, et certains traitements médicamenteux prolongés
comme la cortisone.
Les hommes sont touchés également mais beaucoup moins; on
considère que seul un homme pour cinq femmes consulte pour ce motif.
Les problèmes de circulation veineuse, de même que la cellulite, sont
sensibles aux taux d'hormones sanguines : les oestrogènes et la progestérone.
Mais à l'inverse l'hormone masculine, la testostérone, peut être responsable
de calvitie, dont heureusement les femmes sont protégées. A chacun ses soucis
!
D'autre part, les hommes consultent souvent pour des problèmes veineux à un
stade plus évolué : varices, eczéma variqueux, paraphlébite, ulcère de jambe.
Le motif esthétique est moins fréquent chez eux, les varicosités étant
masquées par le système pileux et les pantalons.
Ce qui fait tout l'intérêt de la plainte esthétique chez les femmes, c'est la
possibilité d'un dépistage précoce de l'insuffisance veineuse et la mise en
place des mesures de prévention pour éviter l'aggravation.
Les varicosités en elle-même ne donnent pas de
complications. Ce qui est important, c'est de vérifier l'état de la
circulation veineuse sous-jacente. S'il n'y a pas de plainte esthétique, on
peut choisir de les conserver, à condition d'appliquer les mesures préventives
s'il existe une atteinte sous-jacente.
En revanche, si on veut s'en débarrasser, de nombreuses méthodes ont été
testées : la microsclérose qui reste le traitement le plus efficace, le laser,
l'électrocoagulation, les dermabrasions, l'ozonothérapie, la cryothérapie, les
microphlébectomies.
Le laser continu, proposé il y a une quinzaine d'années, est aujourd'hui
abandonné en raison du risque de pigmentation. Très récemment, sont apparus de
nouveaux lasers. Les lasers ont une efficacité remarquable sur les angiomes
plans (tache couleur lie de vin siégeant sur le visage, le tronc ou les
membres) et les autres taches rouges vasculaires. Les résultats sont moins
concluants en ce qui concerne les varicosités. La raison en est que le laser
traite ce qui est rouge sur la peau à condition que le diamètre du vaisseau
soit inférieur à 0,1mm et qu'il siège dans le derme superficiel. Or, les
varicosités ont un diamètre compris entre 0,1 et 0,4mm, et siègent dans le
derme moyen et profond, donc moins accessible au laser. De plus, le laser ne
peut traiter les veines d'alimentation, plus grosses.
L'électrocoagulation n'a d'indication que pour les vaisseaux du visage, c'est
à dire la couperose. Au niveau du visage, on se trouve au dessus du coeur, la
pression est donc inférieure, ce qui élimine l'existence de veines
d'alimentation et rend le traitement plus facile.
Les dermabrasions et les cryothérapies sont surtout intéressantes pour les
lésions épidermiques mais agissent peu au niveau du derme.
La sclérothérapie demeure le traitement de base des varicosités, parfois
associée aux microphlébectomies.
On injecte dans ces miniveinules un liquide sclérosant très doux. Le geste est
pratiquement indolore mais doit être répété deux à trois fois, avec des doses
progressivement croissantes.
Les résultats sont excellents dans 70% des cas; moyens dans 25% des cas : les
capillaires palissent mais ne disparaissent pas tout à fait. Il faut savoir
que la plupart du temps, les varicosités réapparaissent un an ou deux ans plus
tard, ce qui oblige, à faire des séances d'entretien.
Il y a des inconvénients, mais ils sont évitables par une
bonne technique. La sclérose est un traitement palliatif, qui efface les
veines visibles sur la jambe, mais qui ne traite pas la cause.
Il y a trois principes à respecter :
1 - le premier est d'agir globalement sur l'ensemble du système veineux pour
renforcer la paroi des veines, éviter les facteurs d'aggravation, et limiter
ainsi le risque de récidive.
2 - le second principe est de toujours traiter les veines d'alimentation
avant de piquer directement dans les varicosités. Si la veine d'alimentation
se trouve en haut de la cuisse, et que l'on pique directement dans les
varicosités du mollet ou du genou, on risque de voir une extension des
varicosités qui s'étalent à côté du point de piqûre initial.
Parfois ces veines d'alimentation sont visibles directement à l'oeil nu, ou
peuvent être palpées, mais le plus souvent le médecin doit s'aider de
l'appareil d'échographie ou du Doppler pour les dépister. Parmi les progrès de
ces dernières années en phlébologie, la sclérose guidée par l'échographie est
un atout majeur, de même que l'utilisation d'appareil d'échographie à haute
fréquence (20mHz).
3 - le troisième principe est de ne pas confondre sclérose et thrombose.
Sclérose veut dire qu'on injecte un produit dans la veine pour réduire son
diamètre, pour la fibroser, ce qui la rendra invisible. Si le produit est
d'emblée trop fortement dosé, ce ne sera plus une sclérose, mais une thrombose
c'est à dire la formation d'un tout petit caillot de sang dans les veinules
qui sera ensuite responsable d'une petite pigmentation brune visible sur la
peau et fera apparaître d'autres varicosités à côté. Il faut donc respecter le
principe des doses croissantes, en commençant avec des scléroses douces, puis
en fonction des résultats, lors des séances suivantes, monter progressivement
les doses jusqu'à disparition de la veine en douceur, sans thrombose ni
réaction inflammatoire.
En pratique, il ne faut pas injecter une trop grande quantité en une seule
piqûre mais rechercher un blanchiment de la varicosité sur une surface maximum
équivalente à une pièce de 5 francs.
En dehors de ces malfaçons techniques, des incidents peuvent arriver, telle
l'injection du produit en dehors de la veine, ce qui est exceptionnel entre
des mains expérimentées.
L'espace entre deux séances de sclérose peut aller de une semaine à un mois,
en évitant le traitement juste avant l'exposition au soleil.
Les résultats obtenus dépendent de l'ancienneté des varicosités. Lorsqu'elles
ont moins de un an, il est possible d'obtenir une éradication complète en deux
ou trois séances.
Les résultats dépendent aussi de l'étendue et de la topographie, les moins
bons résultats étant observés avec les varicosités de la face interne des
genoux et des pieds, qui parfois palissent fortement sans complètement
disparaître.
Là aussi, il s'agit d'un trouble de la circulation,
touchant plus particulièrement la microcirculation. On appelle cela un livedo.
Favorisé par un mauvais retour du sang vers le coeur, elles sont également
liés à un mauvais fonctionnement au niveau des capillaires. Certains
traitements sont efficaces, mais il faut choisir ceux qui sont dépourvus
d'effets secondaires, compte-tenu de la bénignité de ces symptomes. Il faut
toujours associer un traitement de fond visant à renforcer les parois des
vaisseaux et à diminuer les facteurs de pression (sédentarité, position debout
prolongée, jambes croisées, compression vestimentaire, prise de poids, ...).
Les veines peuvent être visibles sous la peau tout en étant parfaitement normales. Elles seront d'autant plus visibles que la peau est claire et fine. Seules sont considérées comme pathologiques les veines dans lesquelles le sang circule à contre-courant ou les varices. Une veine bleue visible sous la peau est différente d'une varicosité. Si elle est simplement dilatée mais rectiligne, non tortueuse, et surtout si le sang à l'intérieur circule dans le bon sens, elle n'est pas considérée comme pathologique. Tout au plus, cette dilatation peut-elle être le début d'une insuffisance veineuse. Dans ce cas, un examen clinique associé à un éventuel examen échographique et Doppler permettra de dépister un terrain pré-variqueux, et de mettre en place les mesures de prévention (postures, alimentation, musculation des jambes, équilibre hormonal, poids, contention).
REFERENCES :
Dr Ph.Blanchemaison et Ph. Gorny
Le guide des veines
Edition Denoel
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