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Thermalisme

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thermalisme : tradition médicaliséMonsieur le Professeur Patrice Queneau, Doyen honoraire à la faculté de médecine de St-Etienne, auteur de " Médecine thermaliste - Faits et preuves sur le thermalisme ", aux éditions Masson (sortie prévue en août 2000). Le Pr Patrice Queneau se définit comme un partisan déterminé de l'évaluation de l'ensemble des thérapeutiques, qu'elles soient médicamenteuses ou non.

A travers ce livre, il souhaite exposer que, grâce à des études scientifiques rigoureuses, on a pu démontrer l'efficacité de certaines cures thermales par le biais de la randomisation. La randomisation est une méthode par laquelle on différencie deux groupes, un qui a suivi une cure à un moment donné, et un autre groupe qui part en cure six mois plus tard. Un tirage au sort est effectué pour composer ces deux groupes. Avec cette méthode, les chercheurs font leur étude " en aveugle ", les Médecins-Evaluateurs ignorant si les malades qu'ils examinent font partie ou non du groupe qui a déjà suivi la cure. Cette méthode est inspirée des " principes méthodologiques d'évaluation des orientations thérapeutiques d'un établissement thermal " présentés par l'Agence Nationale pour le Développement de l'Evaluation Médicale (l'ANDEM) en 1996, devenue par la suite l'Agence Nationale de l'Accréditation et d'Evaluation en Santé (l'ANAES).

En rhumatologie, on a pu constater, selon le Professeur, de réelles améliorations de l'état de santé des patients qui avaient suivi une cure : amélioration des douleurs chez les malades arthrosiques et lombalgiques, avec une amélioration fonctionnelle de leur handicap (meilleure souplesse vertébrale, récupération d'une autonomie de marche sans douleur chez les malades atteints d'une arthrose de la hanche). Le Professeur Queneau explique que ces progrès pourraient davantage être attribués, dans ces cas précis, à un contexte général de prise en charge et aux soins médicaux et kinésithérapiques, plutôt qu'à l'eau thermale elle-même, qui aurait un effet indirect. Concernant les autres pathologies - comme les maladies O.R.L., respiratoires, artérielles ou dermatologiques - les effets de l'eau thermale seraient plus évidents, étant donné le contact direct avec les lésions.

Il précise que les cures se rapportant à la rhumatologie sont très souvent bénéfiques pour les malades, ainsi qu'une source d'économies pour la Société et les organismes de prise en charge. En effet, grâce à ces cures, on a constaté une diminution de la consommation de médicaments, du nombre d'arrêts de travail, de la durée des hospitalisations, et une régression des accidents dus à la consommation d'anti-inflammatoires (médicaments à l'origine de complications digestives). Patrice Queneau ajoute que des travaux scientifiques exigeants doivent maintenant être poursuivis, et entrepris dans toutes les indications. En priorité, dans les spécialités que les méthodologies modernes ont peu évaluées à ce jour ; notamment la gynécologie et la psychiatrie.

Thermalisme : thérapeutique fragilisée


thermalisme : thérapeutique fragiliséL'usage des cures thermales à des fins thérapeutiques est vieux comme Hérode ! Avant lui, déjà, les Grecs se délectaient des bienfaits des eaux thermales (en grec," thermos " signifie " chaud ")... De nos jours, la cure thermale est considérée comme un acte médical à part entière. Elle doit donc être prescrite par le médecin traitant, pour une ou plusieurs affections, dans la station thermale qu'il juge la mieux adaptée à l'état de son patient.

Par ailleurs, la demande de prise en charge d'une cure thermale n'est plus soumise au contrôle du médecin-conseil de la Sécurité sociale ; celui-ci ne peut plus, par conséquent, s'opposer à une prise en charge pour raison médicale, comme c'était le cas auparavant.
Le forfait thermal est remboursable à 65 % du tarif de base conventionné, et à 100 % en cas d'exonération du ticket modérateur. Les honoraires médicaux (le forfait de surveillance thermale) sont remboursés à 70 % du montant forfaitaire, et à 100 % en cas d'exonération du ticket modérateur. Si vos ressources sont faibles, la Caisse prend à sa charge une partie des frais de transport, des indemnités journalières et des prestations supplémentaires, ainsi que les frais d'hébergement. Tout acte médical qu'il soit - et malgré son remboursement par la Sécu - depuis 1947(!) - l'efficacité de la cure a tout de même été fortement remise en cause par la Caisse Nationale d'Assurance Maladie (CNAM). Au point que l'an passé, cette dernière a tenté de justifier un déremboursement de cette thérapeutique. Pourquoi ? Sans doute à cause du déficit de la branche maladie de la Sécurité sociale. Mais cette remise en question était-elle vraiment fondée ? Surtout que la part représentée par la médecine thermale dans les dépenses de Santé est faible. Plus que faible même, puisque, selon les chiffres de la Chaîne Thermale du Soleil, elle ne dépasserait pas 0,25 % des dépenses globales !

Retour en arrière

En juillet 1999, la Caisse Nationale d'Assurance Maladie relève, dans son plan stratégique, qu' " il n'existe pas de travaux mettant en évidence une indiscutable efficacité de la crénothérapie [l'application thérapeutique des eaux minérales], quelles que soient les indications retenues ". Le rapport fait d'ailleurs subtilement état de " notion de réussite " et non " d'efficacité " de cette thérapeutique… La Caisse proposait donc de limiter la prise en charge des cures thermales appliquées aux voies respiratoires (chez les enfants), à la dermatologie, et aux affections des muqueuses bucco-linguales. Selon la CNAM, les traitements des voies respiratoires chez l'enfant " par cure, peuvent être considérés comme intéressants et de nature à préserver l'avenir [des] enfants ". Par ailleurs, ce même organisme affirmait que l'efficacité des eaux thermales sur des affections dermatologiques récidivantes était établie, notamment en ce qui concerne les séquelles de brûlures. Pourtant, la CNAM remettait en cause l'efficacité des cures thermales en rhumatologie. Cette position est contestée - encore aujourd'hui - par les responsables du thermalisme, car des études récentes auraient prouvé l'efficacité des cures thermales dans le traitement de plusieurs maladies rhumatologiques. 

Efficacité des cures thermales

Une étude, financée en 1987 par la CNAM elle-même, mettait en évidence plusieurs points positifs : une amélioration de l'état des patients après une cure, une baisse de la consommation des médicaments, et une diminution du nombre des hospitalisations. La CNAM nie aujourd'hui les conclusions de cette étude, qu'elle considère comme obsolète et, d'un point de vue scientifique, dépassée... D'autres études existent : un groupe de travail - mis en place en 1996 par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour analyser les méthodes de diagnostics et de prise en charge des lombalgies - a conclu, en 1999, que les cures thermales s'avéraient efficaces en tant que thérapeutiques. Des " recommandations universelles " ont même été retenues. 

Vers un système d'accréditation des établissements de thermalisme

On peut penser que c'est à la suite de ces conclusions (ou peut-être pour des raisons politiques ?) que le gouvernement a, à l'époque, refusé de suivre les propositions de la CNAM. Il considère l'eau minérale naturelle comme " assimilable à un principe thérapeutique ". Néanmoins, il a tout de même ordonné une mission interministérielle afin de faire un point, le plus complet possible, sur le thermalisme en France. Devaient être mis à l'étude, entre autres, l'efficacité des cures et l'accréditation des établissements thermaux, " dans un souci de qualité des prestations offertes et du bon usage des soins ". Aujourd'hui, les résultats de cette mission se font attendre. Dominique Gillot, Secrétaire d'Etat à la Santé, n'a pas attendu, puisqu'elle a pris - le 19 juin 2000 - un arrêté relatif à la sécurité sanitaire dans les établissements de thermalisme (publié un mois plus tard). De plus, le secrétariat d'Etat a adressé une circulaire aux préfets de départements et de régions. Il semble que ce texte soit très sévère pour ces établissements. A la suite des recommandations du Conseil supérieur d'hygiène publique de France, il imposerait des normes très (trop ?) strictes quant à la qualité de l'eau. Notamment, concernant les piscines thermales, il est souhaité " une qualité microbiologique de l'eau au moins équivalent aux piscines de loisirs ". Selon les responsables du thermalisme, ces normes seraient inapplicables en la matière, car elles risqueraient d'entraîner la fermeture de nombreux établissements… L'avenir nous le dira !

La CNAM réagit !
07/09/2000

07/09/2000

"Contrairement à ce que prétend votre texte ainsi que M.Guy Ebrard au cours de l'interview que vous lui accordez, ce n'est pas aujourd'hui que la CNAM conteste la portée d'une étude qu'elle a conduite en 1987. Dès 1992, la CNAM a constaté publiquement que la méthodologie de l'étude en question manquait de rigueur, ce qui rendait les résultats peu fiables. Constater ses propres erreurs n'est, il est vrai, pas courant, cela ne justifie pas pour autant que la fédération thermale s'obstine à s'abriter derrière cette étude alors qu'elle sait parfaitement que cette étude ne peut être invoquée à l'appui de ses thèses. Pour aller plus au fond des choses, la CNAM n'a pas, comme vous le prétendez, cherché à obtenir le déremboursement de cette thérapeutique "à cause du déficit de la branche maladie": un déremboursement intégral -que la CNAM ne propose pas- du thermalisme ne représenterait qu'une goutte... d'eau! L'enjeu est plus simple et plus important: diriger les ressources de l'assurance maladie vers la prise en charge des thérapeutiques qui ont fait leur preuve, thermales ou non...A cet égard, je ne suis pas convaincu que les partenaires les plus résolus du thermalisme aient ressenti un grand enthousiasme en constatant qu'il ya un an le gouvernement avait décidé de maintenir en l'état la prise en charge des cures thermales au nom de la "tradition" et du "bien-être" en faisant donc l'impasse sur l'efficacité thérapeutique".

Propos recueillis par Anne Pascaud